L'acide nitrique est-il désormais classé comme explosif ?

Quand la communication prime sur l'expertise ...

Intervention d'une cellule CMIR

"Une femme brûlée vive après l'explosion d'un bidon d'acide dans un lycée à Vedène" - France Bleu - 26/05/21 - (lien)

"Vaucluse. Un bidon d'acide explose dans un lycée, une employée brûlée" - Actu.fr - 26/05/21 - (lien)

L'incident est dramatique et j'espère que les séquelles physiques et psychologiques de la victime seront les moins conséquentes possible.

Je suis par ailleurs étonné d'apprendre que l'acide nitrique ... explose !

 

Une solution d'acide nitrique est catégorisée en fonction du % d'acide nitrique :

fds acide nitrique

Toujours corrosif, le produit est également, en fonction du % d'acide, potentiellement comburant. Pour rappel, un produit comburant facilite ou entretient un départ de feu. Le produit n'est ni explosif, ni inflammable ! Il n'est d'ailleurs pas classé ATEX. Je me propose de former ces journalistes à l'ADR !

La Fiche de Données de Sécurité (FDS) reprend l'ensemble des informations relatives à un produit. Les losanges blancs à liseret rouge correspondent à la classification européenne CLP. Cette étiquette obligatoire pour l'autorisation de vente sur le marché, s'adresse aux utilisateurs finaux (particuliers ou professionnels) mais également à l'ensemble des personnes devant manipuler ou utiliser ces produits ( logistique, maintenance, ...). Les petites lignes en H (Hazardous) définissent le danger. Les lignes en P définissent les règles de prudence et de prévention.

Dans tous les cas, il est nécessaire de porter des gants de protection, des vêtements de protection, un équipement de protection du visage et des yeux.

Les articles évoquent une opération de nettoyage. L'analyse de l'accident doit vérifier si le Document Unique d'Evaluation des Risques (DUER) reprend le risque chimique et si les opérations réalisées sont bien prises en considération. Il est nécessaire de vérifier la pertinence des modes opératoires, du choix des équipements de protection mais également du respect des procédures définies par l'entreprise. Les équipes doivent être formées au risque chimique afin d'apporter un niveau de connaissance adapté au risque. Il est à noter qu'un mélange d'acide nitrique et d'éthanol, composé à minimum de 10 % d'acide peut déformer l'emballage et créer une explosion, liée aux vapeurs d'acool (accident Henriville 1996, 3 bléssés)

L'explosion, liée à un autre élément présent (essence, térébenthine, ...) a donc probablement détérioré l'emballage.

  Le conditionnement (5L) est supérieur à la Quantité Limitée de ce produit en GE II ( 1L) ou GE I ( 0L) . L'emballage doit donc être homologué.  Il est à noter que l'acide nitrique a pu fragiliser son propre emballage. Il est interdit de transporter de l'acide nitrique dans un bidon en plastique de plus de 2 ans.

 

Le risque majeur est donc la corrosivité. La contamination peut intervenir par contact avec la peau, mais également par inhalation en provoquant des brûlures des voies respiratoires. Ce type d'accident nécessite l'intervention d'une cellule CMIC ( Cellule Mobile d'Intervention Chimique) pour la maîtrise du risque NRBC. Une intervention du même type a été nécessaire suite à la chute d'1 palette de 1000L d'acide nitrique le 4 février 2021, au sein du site Brenntag de Montville (lien). Le choc avait provoqué une fuite et un dégagement gazeux, sans qu'il n'y ait de victime. Ce site est classé Seveso Seuil Haut et la mise en place de procédures d'urgence a ainsi permis de limiter l'impact de l'accident. Imaginez si le produit avait réellement été explosif !!

En conclusion, il est primordial d'établir et de réviser fréquement le Document Unique ( au minimum 1 fois par an). Cet exercice doit impliquer les différentes équipes et opérateurs afin de balayer l'ensemble des risques.

Nous pouvons bien sûr vous accompagner dans la rédaction et le suivi de votre Document Unique mais surtout dans la mise en place d'une culture sécurité.